Jehan Rictus 21 septembre 1867 - 6 novembre 1933
Les solilèques du pauvre
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Sans vous commander / V’là qu’ ça m’ reprend, gn’a pas d’offense / J’ vourais comm’ dans ma p’tite enfance / Coller mon cib su’ deux nénés ! / Sans qu’ ça vous froisse / J’ vous tends mon cœur, comm’ la Pucelle* / Et pis mes bras chargés d’angoisse / Lourds du malheur universel ! / Car si j’étais seul à la dure / Je n’ vous pos’rais pas tant d’ porquois / Mais l’ pus affreux de l’aventure / C’est qu’y sont des meillons comm’ moi ! / L’Homme est pas fait pour la misère / Et contrarier ses Beaux Désirs / Ni pour qu’ ses
frangins l’ forc’nt à faire / Des cravails noirs et sans plaisir / Car y s’enferm’ dans des usines / Des quarante et des cinquante ans / Dans des bureaux, des officines / Alors qu’ les cieux sont éclatants / Si vous existez / Donnez-nous la moell’ d’être libres / Et d’ remett’ tout en équilibre / Suivant la grâce et la bonté !